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es sciences cognitives sont un ensemble de disciplines qui étudient les
activités liées aux fonctions cognitives, c'est-à-dire :
la perception,
les représentations,
la mémoire,
le langage,
le raisonnement,
la motricité ou l'apprentissage.
Cette étude se fait autant sous l'aspect humain de ces fonctions que
sous ceux de la modélisation et de la simulation artificielle, en tenant
compte de la validité biologique de tels modèles.
Classiquement, les champs disciplinaires intéressés par les sciences cognitives
sont :
les
Sciences Humaines : Psychologie cognitive & Linguistique pour l'étude
de l'humain et du langage
les
Neurosciences : la Neurobiologie (de la Neuroanatomie à la Neurochimie)
pour l'étude des composantes biologiques ;
les
Sciences de l'Artificiel
: mathématiques, intelligence artificielle (apprentissage, connexionnisme,
etc.) pour la modélisation.
D'autres sciences peuvent encore s'ajouter à cette liste, telles
la philosophie,
l'épistémologie ou
l'anthropologie (parmi les sciences humaines), ainsi que
la physique (pour son apport aux Sciences de l'artificiel).
La création des champs d'étude comme la psycholinguistique (psychologie
et linguistique),
la neuropsychologie (neurologie, psychologie et neurosciences) ou
l'intelligence artificielle (informatique, logique et linguistique) marquait
déjà cette nécessité bienheureuse d'une vision plus globale en franchissant
les frontières classiques entres les disciplines.
Les sciences cognitives forment ainsi un domaine de recherche qui se
nourrit de la confrontation des points de vue des divers secteurs liés
à l'étude de la cognition, pariant sur les possibilités d'interfécondation
des visions et sur le développement des études transcendant les diverses
disciplines.
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éon Festinger résumait ainsi sa thèse :
"L'existence simultanée d'éléments de connaissance qui, d'une manière
ou d'un autre, ne s'accordent pas (dissonance) entraîne de la part de
l'individu un effort pour les faire, d'une façon ou d'une autre, mieux
s'accorder (réduction de la dissonance).
Une analogie physiologique
nous aide à comprendre ce phénomène :
quelqu'un qui éprouve les tiraillements de la faim va faire tout son possible
pour diminuer cette sensation ou l'éliminer complètement.
De même quelqu'un qui,
dans une situation donnée, ressent un état de dissonance
>
le manque de cohérence entre plusieurs éléments de sa connaissance
>
va tenter de réduire ses contradictions psychiques pour retrouver
à tout prix une harmonie intérieure.
La dissonance est d'autant
plus forte que les éléments de connaissance en cause sont importants et
nombreux.
Plus la dissonance est forte, plus le sujet tentera de la réduire ou de
l'annuler.
Il s'agit, bien sûr,
d'un effort inconscient.
Pour réduire la dissonance,
nous disposons de plusieurs moyens :
>
modifier notre comportement,
>
changer nos opinions,
>
incorporer des informations nouvelles à notre stock de connaissances.
Chaque fois que nous
prenons une décision, que nous effectuons un choix, nous déclenchons une
dissonance cognitive plus ou moins importante, puisque nous sommes alors
amenés à rejeter les éléments positifs d'un des termes de l'alternative,
et à consacrer les éléments négatifs de l'autre.
L'esprit de l'homme
est toujours en guerre avec lui-même, mais il existe des mécanismes pour
rétablir l'équilibre intérieur. Ainsi lorsqu'on est amené à agir en contradiction
avec ses présupposés, ses conceptions (morales ou autres), l'individu
est amené, pour retrouver la congruence cognitive, plus confortable, à...
non pas modifier sa pensée en fonction de son comportement pour accorder
ses actes à ce qu'il pense, mais à modifier sa pensée en fonction de son
comportement, pour le rationaliser et le justifier.
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'intervention policière
Que conclure des étranges
résultats d'une expérience menée par l'université américaine de Yale.
Après une intervention musclée de la police sur le campus, intervention
à laquelle les étudiants avaient très mal réagi, on demanda à ceux-ci
s'il se trouvait des volontaires pour rédiger, moyennant rémunération,
une apologie de cette action policière.
Prétexte de l'exercice : une prétendue enquête
conduite par un institut de relations humaines concernant l'opinion de
la communauté estudiantine sur la police ; tous les témoignages recueillis
jusque là étant censés avoir été défavorables à celle-ci, on souhaitait
un autre son de cloche.
La rémunération proposée
variait, selon les candidats, entre dix dollars et 50 cents.
Une fois la copie remise,
l'étudiant devait remplir un questionnaire où il donnait son sentiment
véritable, non commandé cette fois, sur l'intervention policière à l'université
.
Solde
de l'expérience :
les sujets les plus bienveillants à l'égard des policiers et de leur action
furent ceux qu'on avait le moins payés pour témoigner dans ce sens.
Paradoxe en apparence
étonnant.
Pourtant, les expérimentateurs,
en se fondant sur la théorie de la dissonance cognitive, avaient très
exactement anticipé cette réaction chez les étudiants.
Pourquoi
?
Aucun des étudiants
testés n'a pu se réfugier derrière l'excuse de la contrainte, puisque
chacun était libre de participer ou non.
Ceux qui ont touché
le cachet intéressant de dix dollars ont pu néanmoins trouver dans cette
somme la justification de leur acte.
En revanche, ceux qui
ont reçu seulement un dollar, voire 50 cents, ont ressenti un important
décalage entre leurs idées et leur acte, sans possibilité de fournir une
explication raisonnable.
La seule solution était
d'accorder leurs convictions personnelles avec l'opinion qu'ils avaient
exprimée dans leur rédaction.
Si, pour se plier à
une force extérieure hostile, l'individu agit à l'encontre de ses propres
opinions, mais qu'il arrive néanmoins à justifier à ses propres yeux cette
"trahison" par des raisons "objectives" - avantage financier, impossibilité
de choisir autrement, absence de conséquences fâcheuses - , la dissonance
pourra être faible, voire pratiquement nulle.
Mais si le sujet n'arrive
pas à défendre son comportement vis à vis de sa propre logique, alors
il est fortement "dissonant" et son psychisme devra recourir d'urgence
aux moyens que nous citions plus haut.
Des lors, l'expérience
montée par l'université américaine autour de l'intervention policière
prend tout son sens.
De nombreuses autres
études ont confirmé que plus une récompense est faible pour faire accomplir
à quelqu'un une action qu'il désapprouve, plus son jugement sur cette
action est susceptible d'être modifié.
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Les expériences citées,
et bien d'autres encore, démontrent à quel point la dissonance cognitive
est un terrain accessible à l'influence et à la manipulation extérieure
; on peut utiliser ce phénomène mental pour agir sur le comportement et
l'opinion des gens : faire apprécier la friture de sauterelles à des occidentaux,
amener des étudiants contestataires à penser des amabilités sur la police.
On réussit à persuader
des sujets qu'ils font un travail passionnant alors que leur besogne est
mortellement ennuyeuse, ou à faire affirmer par un groupe de collégiens,
d'une seule voix et en toute bonne foi, qu'ils détestent les activités
de loisirs comme le cinéma et le sport.
Le besoin organique que chacun éprouve à
réduire, et si possible à éliminer, la dissonance cognitive conduit à
des compromis étranges qu'exploitent les chercheurs en milieu expérimental.
Derrière ces exercices
de laboratoire se posent bien sûr des problèmes d'éthique qui impliquent
la liberté et la dignité de l'individu.
L'influence du groupe
Une dissonance frappe
aussi l'homme déçu par un environnement social dont il attendait beaucoup.
S'il s'est fortement
investi pour participer à la vie d'un groupe et qu'il constate que ce
dernier n'est pas aussi intéressant qu'il l'espérait, il aura deux façons
de réagir à la dissonance provoquée par sa déconvenue : soit sous-estimer
ses espoirs primitifs "je n'escomptais finalement pas grand-chose de cette
expérience " soit exagérer la valeur du groupe.
Une tradition aussi
désuète et stérile que le bizutage, qui continue d'être pratiqué par des
individus d'un quotient intellectuel officiellement supérieur à celui
de la moyenne de la nation, s'apparente en quelque sorte aux rites initiatiques
de certaines tribus : plus l'épreuve d'affiliation est dure, plus l'attachement
futur au groupe sera fort.
Les aînés qui bizutent
les bleus appliquent sans le savoir la théorie de la dissonance cognitive.
L'interaction de groupe constitue pour ses membres un procédé très efficace
de réduction de la dissonance.
Le
cas d'école
Le cas d'école le plus
souvent cité par les psychosociologues est celui d'une secte religieuse
américaine spécialisée dans les prophéties de fin du monde.
La communauté avait
plusieurs fois annoncé le jugement dernier pour une date précise, la dernière
- les précédentes n'ayant rien apporté en matière de cataclysme- étant
fixée au 21 décembre 1954, jour ou la Terre devait être assurément anéantie
sous le déluge, les membres de la secte étant préalablement secourus par
une soucoupe volante.
A la date prévue pour
le sauvetage, c'est à dire quelques jours avant le 21 décembre, l'engin
salvateur posa un lapin, les dirigeants expliquèrent que ce contre temps
était dû a une panne du moteur spatial, et qu'il avait été décidé parle
Tout Puissant
pour éprouver leur foi, mais qu'un envoyé extraterrestre était attendu
le 20 décembre pour conduire les fidèles à la soucoupe réparée.
Mais la créature de
l'au-delà ne fut pas au rendez vous.
La secte en conclut
logiquement que sa foi avait été assez forte pour repousser le déluge,
et en effet, sa prédiction se révélant exacte, la Terre ne connut aucune
catastrophe générale le jour fatidique du 21 décembre.
La foi des croyants
fut solidement retrempée par ces événements.
Avant cette date,
Festinger et deux autres chercheurs, H.W. Riecken et S. Schachter, avaient
proposé une analyse de la future dissonance causée par l'attente collective
déçue.
Pour eux, cette dissonance
pouvait se résoudre d'une part grâce à un puissant soutien idéologique
des membres de la communauté entre eux, en se persuadant mutuellement
qu'ils détenaient le monopole de la vérité concernant l'échec de la prophétie
; d'autre part grâce a une campagne qui occulterait le problème en le
déplaçant sur un autre terrain.
Nos scientifiques avaient
vu juste, car ces réactions se manifestèrent toutes les deux.
Ceux des fidèles qui
s'étaient réunis le soir du 21 décembre pour attendre ensemble l'accomplissement
de la prophétie se sont confortés mutuellement dans leur foi, même après
l'échec de la prédiction.
En revanche, les adeptes
qui s'étaient isolés chez eux dans l'expectative de la fin du monde perdirent
la foi.
Sans le soutien social
des autres membres, note Festinger, la dissonance créée par la non confirmation
de la prophétie suffit à leur faire perdre la foi dans le mouvement où
ils étaient pourtant engagés à fond, car lorsque la dissonance atteint
la limite du supportable, l'individu ne cherche plus d'information susceptible
de la réduire mais, au contraire, des données visant à l'accroître.
Après ces événements,
la partie de la communauté qui avait préservé plus que jamais sa croyance
fut saisie d'une fièvre de prosélytisme, alors que pendant la période
où elle attendait la réalisation de la prophétie, elle n'avait que faiblement
cherche à propager ses idées.
On aurait pourtant pu
croire que ces gens se feraient encore plus discrets.
Au contraire, ils se
sont lancés dans des conférences de presse, des interviews, un battage
publicitaire incroyable pour démontrer que, si la Terre n'avait pas sombré
sous les eaux, c'est que précisément la foi des adeptes avait été plus
forte que les décrets de la fatalité.
Pour les chercheurs
en psychologie sociale, la théorie de la dissonance cognitive trouve,
dans ce cas insolite, une parfaite illustration.
Théorie Les psychologues
expliquent ces comportements déroutants par une théorie qui remet profondément
en question notre bon vieux sens logique.
Léon
Festinger et Elliot Aronson, autre grand spécialiste américain
en la matière, ont bien étudié le processus d'autojustification lié à
la dissonance, dans le cadre d'une prise de décision par l'individu, la
logique psychologique traditionnelle considère qu'une personne confrontée
à un choix est soumise à un stress tant que le choix n'a pas été fait,
mais qu'une fois la décision prise la tension est relâchée.
Au contraire, la théorie
de la dissonance cognitive affirme qu'à ce moment une source secondaire
de malaise apparaît.
Un désaccord interne
provient à la fois des aspects positifs de l'option refusée et des aspects
négatifs de l'option retenue.
Autrement dit, quand
nous choisissons entre deux possibilités - une situation quotidienne de
la vie- , nous sommes à chaque fois obligés de sacrifier les côtés positifs
de la solution que nous rejetons, et d'accepter les cotés négatifs de
celle que nous retenons.
Encore une dissonance
que l'individu doit résoudre en la réduisant par le biais d'une autojustification.
Dans son subconscient,
il se persuade que l'option retenue est plus avantageuse et l'option rejetée
moins profitable qu'elles ne le sont objectivement.
Une dissonance intervient
aussi quand l'individu est sollicité par une tentation qu'il perçoit comme
coupable.
Un homme qui a commis
un acte répréhensible à ses propres yeux est sujet à une dissonance cognitive
pénible.
Il la réduit en adoptant
une attitude plus indulgente qu'il n'avait auparavant vis à vis du comportement
incriminé.
Il s'arrange ainsi pour
mieux se pardonner.
A l'inverse, quelqu'un
qui a résisté à une tentation honteuse est beaucoup plus sévère à l'égard
de l'acte qu'il n'a pas commis, une façon de réduire la dissonance causée
par la frustration de n'avoir pas goûté au plaisir défendu.
On retrouve le même
phénomène dans de nombreuses circonstances de la vie, celles qui sont
liées à un effort,
par exemple. L'individu qui se donne beaucoup de mal, mais en vain, pour
atteindre un but, éprouve une dissonance.
Pour la réduire, son
appareil cognitif échafaudera tout un système de justifications qui vont
des "raisins trop verts" de la fable à l'invention de cotés valorisants
de son échec.
Pour réduire la dissonance,
l'homme peut aussi chercher à trier sélectivement l'information qu'il
absorbe.
A la suite d'un choix,
il retient préférentiellement les données qui confirment la pertinence
de la décision prise.
Dans une expérience,
on a présenté à des acquéreurs récents d'une voiture une dizaine d'enveloppes
portant chacune le nom d'un fabricant d'automobiles et contenant des articles
publicitaires pour cette marque. 85 % des propriétaires d'une nouvelle
voiture ont choisi l'enveloppe relative au produit qu'ils venaient d'acheter
; ils ont cherché à effacer la dissonance par un acte d’autojustification.
Aronson estime que si
la dissonance existe, c'est parce que le comportement d'un individu ne
concorde pas avec l'idée qu'il se fait de lui même, Et il ajoute : " La
théorie de la dissonance ne repose pas sur le postulat que l'homme est
un animal rationnel mais qu'il est plutôt un animal rationalisant, c'est-à-dire
qu'il tente d'apparaître rationnel à la fois aux autres et à lui même.
".
Deux auteurs français,
Jean-Léon
Beauvois et Robert Joule, proposent ce qu'ils appellent
eux mêmes une version radicale de la dissonance cognitive, fondée sur
deux postulats :
· l'homme n'agit pas en fonction de ses pensées, mais pense en fonction
des actes que les " circonstances " lui ont imposés.
· La cohérence n'est pas la non contradiction des idées ou des savoirs,
mais la possibilité laissée à l'homme de trouver,
coûte que coûte, des garanties idéologiques à des actes dont la rationalité
nous échappe.
En affirmant cela,
Beauvois
et Joule ne se livrent pas à un simple jeu de provocation
intellectuelle.
Ils se réfèrent à de
nombreuses et solides études expérimentales, aux résultats souvent déconcertants.
Par exemple, sous l'action de manipulations élémentaires, 76% des individus
acceptent l'implantation dans leur jardin d'un panneau publicitaire encombrant
et laid.
Sans manipulation, ils
sont 16,7 % seulement à tomber dans le... panneau.
Ou encore, s'ils sont
"correctement" manipulés, 74,1% feront un don à une œuvre (fictive) contre
le cancer, taux qui se réduit à 45% en l'absence de manipulation.
La dissonance cognitive
est très utilisée par les manipulateurs de tout poils : publicistes, experts
en marketing, propagandistes, etc...
Lorsque l'on veut convaincre
quelqu'un d'une opinion qu'il ne partage pas, à priori : au lieu de chercher
à modifier sa manière de pensée, on l’amènera à accomplir des actes, peu
impliquants au départ et gratifiants, mais qui vont dans le sens du changement
d'opinion...
C'est lorsqu'il sera
engagé dans un comportement nouveau par rapport à ses pensées antérieures
qu'il changera d'opinion, pour retrouver le confort mental.
Pour ces deux chercheurs, " il ne fait pas de doute que la liberté réelle
ou illusoire, laissée aux sujets de se comporter de telle ou telle façon,
n'a pour résultat que de leur permettre de mieux rationaliser des conduites
qui relèvent d'un tout autre déterminisme que celui de leur liberté ".
Ils estiment que " c'est
l'engagement comportemental qui nécessite la rationalisation de l'acte
".
Autrement dit, l'acte ne découle pas de la pensée mais résulte des circonstances.
La pensée vient après coup justifier l'acte.
En revanche, Aronson
situe l'origine du processus à l'intérieur de l'individu, en introduisant
la notion de conscience morale comme facteur explicatif de la réduction
de la dissonance :
"
C'est parce qu'il viole ce qu'on pourrait appeler l'identité morale du
sujet, que l'acte doit être justifié ".
Quoi qu'il en soit, il faut bien postuler un système de rééquilibrage
permanent qui nous remette en accord avec nous-mêmes chaque fois - et
c'est souvent - que notre harmonie intérieure est menacée, c'est-à-dire
lorsque survient en nous cet état de dissonance cognitive.
Ce mécanisme essentiel
permet alors à chacun de nous de justifier son existence d'individu devant
sa propre conscience
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