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Première leçon: La faute d'orthographe
L'alphabet contient en tout deux douzaines de
lettres, si l'on compte comme les écaillers dans leurs bons
jours. Avec ces mots, on peut faire un nombre impressionnant de
syllabes. Avec ces syllabes, un nombre impressionnant de mots et avec
ces mots un nombre impressionnant de fautes d'orthographe.
Au stade actuel de notre civilisation, rares sont les gens qui ne
savent pas faire de fautes d'orthographe. Ce sera tout de même
le sujet de notre première leçon. Il me
paraîtrait ridicule de commencer à un niveau plus bas :
je croirais faire injure au lecteur, si je n'admettais pas qu'il
sache déjà, que l'on émet des sons avec la
bouche, pour parler.
Donc, comme je viens de vous l'apprendre: pour parler, nous faisons
des bruits avec la bouche... Pour écrire, on aurait pu faire
correspondre une consonne à chaque son «consonne»,
et une voyelle à chaque son voyelle! Mais là... ca
aurait vraiment manqué de fantaisie.
Si mes souvenirs sont exacts nos ancêtres
en étaient à ce stade primitif de l'écriture, quand un
conte allemand, qui était venu en France, chercher une occupation quelconque,
décida de changer tout ca.
Il s'appelait Orto Graf, et il était très vexé
parce qu'à cette époque, en France, ce qui
s'écrivait «f » se prononçait «S».
On l'appellait donc Orto Gras, ce qu'il prenait pour une allusion
à sa rondeur... d'autant plus qu'il y avait un notable du coin
qui s'appellait Ortomègre, et qui était justement d'un
type filiforme. C'est pourquoi Orto Graf pondit le fameux
décret qui décidait que les «p» suivis de
«h» font «feu», et qu'à par ca toutes les
autres consonnes pouvaient être suivies d"un «h»,
sans que cela leur porte préjudice, et que de plus on pouvait
se mettre des «e» où on voulait, même à
la fin d'un mot, et qu'il y avait d'autant moins
d'inconvénient à cela que tous les paresseux de la
région qu'il occupait (Le nord de la Loire) ne se donnerait
jamais la peine de prononcer ses «e» dits muets.
En foi de quoi, il signa:
Orthographe
Nom dont la prononciation n'évoquait plus sa rondeur, et qui de plus comportait plus de lettres que celui du notable Ortomègre... ce qui rehaussa son prestige. Ortomègre était très vexé, mais il sut se rattraper le jour où Orthographe dut retourner chez lui: il décida que son nom s'écrirait Eaurthaumaigre.
C'était vraiment n'importe quoi! et on dut
nommer des spécialistes pour fabriquer des lois
légitimant ce genre de choses, c'étaient quarante
braves grand-pères qui décidèrent servilement
que «O» pourrait, selon les circonstances, s'écrire:
au, hau, eau, ho, oh et même «o». C'est alors que
l'un d'eux, plus poivré que les autres essaya d'expliquer:
« la recette des oeufs à la coque» en bafouillant,
«Si je mets mon petit «neu» dans l'eau, ca me fait un
neu... » «Et mon oeil» interrompit un autre. Le
secrétaire notant tout ca, interprétait à sa
façon, et c'est de là que naquit la mode des
«e» dans I'«o» pour: oeufs, oeil, noeud, etc,
etc.
Une autre fois l'un d'eux dit comme
ca: «Les poules couvent dans le couvent en écoutant mon chant dans
mon champ» et demanda comment cela devait s'écrire. Après
de mûres discussions, ils décidèrent que du moment que «couvent»
(les poules) et «couvent (les moines) se prononçaient différemment
il serait amusant de les écrire exactement pareil, et que par contre
«chant» et «champ» ayant la même prononciation devaient
s'écrire différemment à cause des mouches. Ensuite ils
jouèrent à «l'exception confirme la règle». Et
tout ca finit par faire beaucoup d'écriture. Ils en firent un «recueil»
(sans «e» dans I'«o» pour des raisons d'économies,
un «o» en moins avec un «eil», près du «cu»,
pour faire le tour de la question).Ils l'appelèrent«Grammaire»en
hommage à la femme du plus âgé des 40, qui leur apportait
un petit goûter tous les jours, à leur récréation
de 4 heures. Celle-ci leur fit savoir que s'étant refusée à
un Anglais qui lui proposait trois livres (de beurre) et six pinces à
sucre, s'il suffisait maintenant d'un seul livre pour la personnifier, elle
en était «déchue», «déçue»,
et n'hésita pas à enlever la cédille pour leur dire ce
qu'elle pensait d'eux. Pour la consoler ils lui donnèrent la haute main
sur les affaires de son village et lui permirent de s'appeler comme elle voudrait.
Elle se fit graver des cartes de visite au nom de «Grand' Maire».
Quand aux quarante, vu leur grand âge, ils décidèrent de
s'appeler «Les Zigs Mortels». Imperturbablement, le secrétaire
transcrivait comme il voulait l'entendre. Mais la gomme étant leur friandise
préférée, ils n'allaient pas en gaspiller pour si peu,
et ils consentirent à s'appeler:
«Les Immortels»
D'ailleurs le peuple leur avait déjà
trouvé un nom plus académique. Voici comment: à
cette époque-là, les hommes mettaient leurs bijoux de
famille dans un petit sac accroché à leur
ceinture.Voulant se distinguer du commun des mortels, les
«immortels» arboraient des sacs mi-partie, sacs dont les
deux parties différaient d'autant plus que l'une d'elles
n'existait pas. Le peuple appela ces parures des «sacs à
demi» et ceux qui les portaient des «Sacs à
demiciens ».
Les quarantes avaient toujours le même secrétaire quand
ils admirent ce vocable. Ils étaient d'ailleurs très
contents de lui qui, empilant les mots comme un «silo»
travaillait comme un «nègre». Ils
l'appelèrent donc le Silo-Nègre, et.
décidèrent de confectionner un nouveau livre qui, en
hommage, porterait le nom du dit silo-nègre.
Toujours imperturbable celui-ci titra: «Dictionnaire».
Toutes ces fantaisies contribuèrent à la
prospérité de leur petite affaire qui existe encore de
nos jours. Mais l'esprit d'initiative s'avère très
nuancé: le gros de leur travail consistant à faire de
nouvelles éditions du dictionnaire en reprenant mot à
mot les définitions de leurs ancêtres sur lesquelles ils
ergotent jusqu'à saturation, et qu'ils finissent par recopier
scrupuleusement. (1).
En résumé de cette première
leçon :
Si la plupart des gens font des fautes d'orthographe, ce n'est pas
parce que leur grammaire n'a pas ses règles, mais parce qu'ils
en font fi (2) ainsi que du dictionnaire.
(1) Note de l'éditrice ('): Pourquoi
L'auteur s'est-il-départi de toute rigidité didactique, et pourquoi
cet érudit menteur noie-t-il son cours pratique dans l'étalage
de connaissances historiques ?, pourrait se demander le lecteur avisé.
J'ai moi-même donc posé la question à l'auteur qui m'a répondu:
«Parce que »... Mais j'ai l'intime conviction qu'il ne m'a pas dit
là tout le fond de sa pensée, et qu'il existe en réalité
une raison plus troublante, qui est la suivante : C'est inopiné.
(') Note de l'E.D.F.: la note de l'éditrice était, avec la note du gaz pour faire le total de la somme portée sur la chemise avec cravate à poids nets.
(2) C'est cela même dont Napoléon, écrivant à Joséphine fit fi... (illustre exemple)
Puisqu'il suffit d'ignorer le dictionnaire et les fantaisies de la grammaire pour faire de telles fautes d'orthographe, la confection de ces dernières ne mérite pas plus d'explication. Et ce ne sont que des...
... Fautes d'orthographe involontaires.
Exercisse : Ecrivez dix mots difficiles.
Corrigé : Prenez un dictionnaire. Cherchez-y chaque mot tel que vous l'avez orthographié.
Si vous l'y trouvez: raté: 0.
S'il n'y est pas: gagné: 1 point.
Si vous n'atteignez pas 8/10 au deuxième essai, n'insistez pas. Vous faites une hypertrophie du scrupule qui vous rend allergique à l'humour.
Deuxième Leçon: La faute d'orthographe consciente.
La faute d'orthographe involontaire ne peut faire
rire que les titulaires du brevet Élémentaire, et
à la rigueur l'élite intellectuelle qui sait rire au
second degré. Ce ne sont là que deux faibles portions
des humains francophones et dézireuderires.
Mais ici quelques remarques s'imposent.
Le rire est un sujet très vaste et l'objet de cet ouvrage
n'est pas d'en étudier tous les facteurs.
A priori en sont exclus tous facteurs
physiques, même, et surtout la chatouille. Je suppose que vous comprenez
pourquoi. Nul ne peut concevoir un éditeur allant chatouiller de ma part
un directeur de messagerie qui ferait à son tour de grosses chatouilles
à ses grossistes qui distribueraient des petites chatouilles à
leurs détaillants qui attendraient le client désireux d'acheter
une mienne chatouille.
D'abord, ca serait de la tromperie, car, arrivé à ce
point ce ne serait plus vraiment mes chatouilles. Le client, qui
n'est point si sot qu'on le dit le verrait bien. A la rigueur, il se
laisserait peut-être volontiers duper par quelque charmante
dépositaire (A l'aéroport d'Orly, il y en a une...
mais, ça ne vous regarde pas). Cependant la plupart des
kiosques à journaux seraient forcés de rendre les
chatouilles invendues qui...bref! les messageries seraient
inondées de gros bouillons de chatouilles, et il se trouverait
bien quelqu'un d'assez chatouilleux pour me reprocher tout le temps
perdu en chatouilles par une corporation laborieuse, et m'enjoindre
de conserver à l'avenir mes chatouilles pour moi. Ce qui est
parfaitement grotesque, car je n'arrive pas à me faire rire en
me chatouillant moi-même. Outre ces facteurs physique, nous
éliminerons aussi certains facteurs spirituels. A commencer
par celui qui m'apporte les «recommandés» à
une heure où je ne suis pas assez réveillé pour
apprécier ses plaisanteries.
Les gags visuels n'entrent pas non plus dans le
cadre du langage. Ni même aucun bruitage humoristique, du pet grave d'un
archevêque à la plainte aiguë de la viole qu'on mouche, sans
oublier celle de la mouche qu'on viole, de la mioche qui vole, de la vache qui
miaule, de la moule qui pioche et du glas double du chef.
Pour en revenir à la faute d'orthographe involontaire, nous
disions qu'elle avait un pouvoir hilarant très limité.
Ne nous désolons pas pour si peu, mais ne nous arrêtons
pas pour si peu à ce stade, ma colombe. Apprenons maintenant,
la faute consciente.
Celui qui a triché dans l'exercice de la première
leçon la connait déjà, et mérite un bon
poing.
Le raffinement consiste à remplacer le mot que l'on va
écrire par un homme au faune, tel que cet exemple
typique:
Charles Quint,qui est né à Gand, y habitait encore (chez M. et Mme Quint, ses parents) quand il reçut une missive qui se terminait ainsi: «transmettez mes hommages à votre maire, sans oublier votre père de Gand.» Et notre petit quin-quint s'en gaudit fort. «Ah! s'écria-t-il en vers (car c'était l'été, et il prenait ses bains à Anvers et contre tous) la plaisante chose que d'omettre un accent grave sur le a, tout juste après un mot aussi cérémonieux que «Hommages ».
En résumé le raffinement, dans la faute d'orthographe consciente, consiste à écrire sans faute des «homme au faux nids».
Exercice: Voici quelques passages d'une dictée, suivis de la copie du malicieux élève toto. Complétez cette dictée en remplissant les espaces laissés en blanc, de façon la plus convenable.
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La mansarde sous les toits est à Sir John qui l'habitait, comme il sied, dans ce confort douillet. Quelle qu'eut été sa vie... Et Danley partit comme il était venu. |
L'amant.Sarde saoulait toi et ta soeur jaune qu'il a bitté. Comme il sciait! dans ce con fort douillet! Quel cul tétait sa vis! Et dans les parties, comme il était velu! |
Troisième Leçon: L'a peu prés.
La dictée du dernier exercice se termine par ces mots: «comme il était venu», que Toto écrit: «comme il était velu». On appelle cela: «lape-pré»... «Lape» indiquant que c'est par le truchement de la langue que l'on obtient des images telle que: «velu », «air bu », « poêle occulte» qui évoquent la fertilité des «prés». D'ou l'expression «Lape pré».
Remarque : ce n'est
pas parce que «velu» et «poids lu», sont des «lape-pré»
qu'il faut généraliser à tout ce qui concerne le système
pileux.
Exemple : un coiffeur vous coupe les cheveux, vous lui dites «laissez-m'en». Ce n'est pas un «lape-pré», c'est une boutade. (Comment avez-vous pu la faire? nous n'en sommes pas encore là.) Le coiffeur vous répond Six cheveux!». Là c'est nettement un «lape-prés» qui fait rire. Mais s'il ne vous répond pas, non seulement ce n'est pas un «lape-pré», mais ce n'est certainement pas un coiffeur. Car un coiffeur doit parler; sinon , «il ne serait pas coiffair d'autres ». Ca aussi c'est un lape-pré (tiré par les cheveux). Nous avons donc dit que les lape-pré ne concernaient pas tous le système pileux. Par exemple, une comtesse délaissée par son mari, peut dire à son amant qui la console: «Je suis une léchée pour compte», ce sera un lape-pre, même si elle est chauve et lisse. Si elle hésite un moment avant d'ajouter « Na », c'est un « Na » peu prêt. Si son amant est un richissime petit vieux bien propre, c'est un «nabah propret»... Je pense que vous avez compris. Comme moi non plus, pour cette fois il n'y aura pas d'exercice.
Quatrième Leçon: Le Calembour.
«Le calembour est la fiente de l'esprit qui vole» à
dit Victor Hugo (et il s'y connaissait, le bougre).
N'allez donc pas croire que, connaissant les trois premières
leçons vous allez pouvoir faire des calembours comme Kiss
à muses ou même comme Kissa m'use.
S'ils avaient déjà publié
celui ci :
c'est que : c'est un calembour qui a fait rire;
S'ils le republient:
c'est que: c'est un calembour qui fera toujours rire;
Sinon, c'est un bon calembour, or, ce qui fait rire ce sont les mauvais calembours.
Exercice: Lire attentivement l'exemple de
calembour de votre dictionnaire quelque soit l'édition, ce
doit être: «Des valeurs à lots - Des valeurs
à l'eau». Essayez-le sur vos amis.
Est-ce un bon calembour?... Résumez vos impressions en un
mot.
Boby Lapointe