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Ce satané Bobby Lapointe depuis qu'il a
tourné le coin, à Pézenas comme à Paris ses copains
et admirateurs ont du mal à s'y habituer.En ce qui me concerne, les soirs
où son amitié et sa bonhommie me manquent un peu, je fais comme
si rien n'était,
j'écoute ses chansons pour qu'il continue
à vivre le bougre et il continue. Mon vieux Bobby, putain de moine et
de Piscénois, fais croire à qui tu veux que tu es mort ; avec
nous les copains ça ne prends pas.
Georges Brassens
On te découvre. On chante tes chansons. On s'enthousiasme et on s'aperçoit, quand on prends le temps, que tes textes drolatiques vont plus loin qu'il n'y paraît. Et ils n'ont pas fini de nous devancer.
Pierre Etaix
Boby était une sorte de Pierrot Lunaire,
définitivement anachronique dans ses rythmes
et dans ses mélodies. Il ne correspondait à aucune mode. D'ailleurs,
aujourd'hui non plus !
Les jeux de mots pour masquer les peines de coeur.
Un grand sourire pour y noyer l'angoisse.(...)
Une gaieté désespérée, une gentillesse au vitriol,
un sourire planté comme un défi, une belle cruauté décapante.
On chantait devant des gens qui bouffaient.
Les fourchettes demeuraient en l'air. La joie
c'était quand un quidam se flanquait sa part de tarte dans le nez pour
avoir loupé sa bouche. Ca forme, les bruits de vaisselle, les bavardages
de pacotilles et les sorties d'affaires réglées en carte-bleue,
et les emballages de demoiselle au champagne rosé... Boby a longtemps
regardé cela. A ce régime, on n'avait plus rien à lui apprendre
sur l'amour, sur l'absurde et sur l'amitié. Ni sur la mort. Des pirouettes.
Guy Béart
Un jour, lors d'un enregistrement public, qu'est-ce que je vois sur le trottoir : un homme qui flanquait des coups de pieds rageurs à sa voiture : "Bon ! puisque c'est comme ça, puisque tu te conduis mal, je ne te paierai plus d'essence !"
Je me suis approché, je me suis enquis de la personnalité du quidam. C'était Boby Lapointe.
Jacques Martin
Autour des années 60-65, nous faisions
tous deux partie d'une tournée de Georges Brassens. Nous voyagions par
deux ou trois dans des voitures particulières ; je partageais celle de
Pierre Nicolas, le bassiste de Georges, et nous avions souvent des difficultés
d'itinéraire.
Nous nous arrêtions pour consulter la carte. J'affirme qu'après avoir pourtant constaté que nous étions sur la bonne route, dans la bonne direction, il nous est arrivé à plusieurs reprises de voir surgir en sens inverse la voiture de Boby qui nous saluait par le toit ouvrant, en continuant sa route. Inutile de dire que nous étions inquiets le soir à l'étape de savoir s'il serait à l'heure pour le spectacle.
Il était là, gaillard, serein, arrivé avant nous, mais toujours secret sur ses mystérieux itinéraires.
Pierre Maguelon
Souvent, dans les studios, dans les salles de montage, j'entends des jeunes gens chanter les chansons de Boby Lapointe sans savoir que l'auteur nous a quitté. C'est pourquoi, quand je pense à Boby ce n'est pas comme à un artiste mort mais comme à un camarade affectueux, modeste, inquiet et doux qui a disparu, escamoté.
François Truffaut
L'oeuvre de Boby Lapointe n'est pas un objet fini, manufacturé, prêt à être consommé. Elle ne s'offre pas comme un tout, fondé sur l'emploi d'un langage communicatif. Elle nous propose, au contraire, de la façon la plus lisible, la naissance et le développement du sens à partir d'une logique propre au signifiant.
Larousse Universel 1975